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Ach du! Zehn Geschichten, Gabriele Eckart.

Gabriele Eckart     Ach du! Zehn Geschichten  2025,  Königshausen und Neumann, Würzburg, 2025, 268 p.

Compte rendu rédigé par Anne-Marie Pailhès.

Depuis les États-Unis, où elle vit depuis 1988, Gabriele Eckart continue d’explorer la part la plus marquante de son existence : la période de sa jeunesse vécue en RDA, pays où elle a connu la gloire littéraire puis la persécution. Il est regrettable que ses publications ne soient presque plus prises en compte en Allemagne, où ses ouvrages paraissent dans l’indifférence générale sans faire l’objet de comptes rendus critiques.

Sa patrie d’adoption avait occupé une place prépondérante dans ses dernières publications, puis elle s’était penchée de nouveau sur la Thuringe, sa région d’origine, à travers deux romans à dimension locale (Vogtlandstimmen, 2021 et Schrappel, 2023). En 2025, elle rassemble dix récits dont les cinq premiers ont trait à sa vie en RDA, les autres se déroulant aux Etats-Unis. L’un d’entre eux, dédié à la poétesse Elke Erb, avait d’ailleurs été tout d’abord publié dans ce carnet de recherches en 2023. Le court récit Schildkröten, quant à lui, s’inscrit dans le fil de ses multiples récits sur les animaux domestiques, Continuer la lecture de « Ach du! Zehn Geschichten, Gabriele Eckart. »

Ouverture prochaine d’un musée de la RDA à Tonnerre dans l’Yonne : un entretien avec sa fondatrice.

Bientôt un musée de la RDA à Tonnerre.

Début 2027, un musée de la RDA doit ouvrir ses portes à Tonnerre, dans l’Yonne. Ce projet a été initié par Dominique Pineau, qui a eu l’occasion de passer plusieurs années en RDA en tant qu’interprète de chantier au début des années 1980 – un sujet sur lequel nous l’avons aussi interrogée.  Cette expérience a inspiré son projet que nous lui demandons ici de nous exposer en détail.

Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris.

Dominique Pineau en son petit musée de la RDA, 2026.

(Entretien mené par ) Anne-Marie Pailhès

Après 40 ans d’interruption, comment expliquer ce retour tardif de la RDA dans votre actualité ?

Dominique Pineau

Il n’y a maintenant pas loin de douze ans, j’ai acheté une résidence secondaire dans la ville de Tonnerre, dans l’Yonne, et après avoir remis les lieux en état, j’ai décidé de consacrer une pièce à ces fameux cartons de RDA qui avaient traversé mes déménagements sans être ouverts. Je les avais donc apportés à Tonnerre et j’ai décidé un jour avec des amis, d’anciens collègues – qui n’étaient pas d’anciens collègues de RDA, mais d’anciens collègues plus récents – de faire une sorte de cérémonie d’inauguration d’un petit musée. Nous étions huit. C’était assez cocasse. D’un côté, il y avait quelques meubles déjà en place, vides, de l’autre côté les cartons, et j’ai laissé ces amis installer les différents objets à leur convenance. En est résulté le « Petit musée de la RDA ».

AMP  Qui existe pour l’instant.

DP Qui existe actuellement, toujours dans mon habitation de Tonnerre.

AMP Et ensuite ?

DP Ensuite, l’idée du petit musée a commencé à être connue autour de moi, c’est-à-dire que les gens que je connaissais sur place en ont parlé, l’information a circulé et de plus en plus de gens m’ont apporté des objets de RDA. En fait, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de personnes qui avaient fait des séjours en RDA, Continuer la lecture de « Ouverture prochaine d’un musée de la RDA à Tonnerre dans l’Yonne : un entretien avec sa fondatrice. »

Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau

Témoignage d’une interprète française sur les chantiers de RDA dans les années 1980

Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris

Anne-Marie Pailhès : Bonjour Dominique Pineau, nous nous rencontrons aujourd’hui pour que vous racontiez aux lecteurs du blog Regards sur la RDA et l’Allemagne de l’Est comment vous est venue l’idée idée de créer un musée de la RDA à Tonnerre. Peut-être pouvez-vous d’abord vous présenter et expliquer quel rapport existe entre ce projet et votre parcours personnel ?

Dominique Pineau : J’ai une formation de traductrice et d’interprète. A ce titre, j’ai eu la possibilité d’aller travailler sur des chantiers de construction en RDA dans les années 80. Le premier se trouvait en Saxe près de Zwickau, et le second près de Eisenhüttenstadt. Lors du premier chantier en particulier, je me suis trouvée immergée dans la vie des Allemands de l’Est, en même temps que dans la vie du chantier. J’ai essayé de vivre au maximum le quotidien des habitantes et des habitants en utilisant toutes les occasions qui se présentaient à moi pour essayer de vivre les choses de l’intérieur. Lorsqu’il s’agissait de faire des courses, j’allais évidemment dans les boutiques du village ou de la ville la plus proche ; dès que j’avais l’occasion de le faire, le week-end, je partais faire du tourisme avec des collègues et nous visitions le plus possible d’endroits en nous disant que le temps nous était compté : c’était celui du chantier.

©D. Pineau. Cartes professionnelles de l’interprète.

AMP : Il s’agissait de collègues français.

DP : Effectivement, c’étaient des collègues français. Nous avons fait du tourisme avec frénésie, essayant d’aller chaque fois dans un endroit différent, parfois un peu éloigné, vers le nord, le sud, enfin tous les points cardinaux. Pour vivre autant que faire se pouvait la vie de touriste. En hiver, nous sommes allés dans une station de sports d’hiver. Pendant la période de l’Avent, nous avons choisi les Monts métallifères pour voir s’animer les petites villes connues pour le travail des objets et des jouets en bois, extrêmement actives pendant ces mois de décembre. Il y avait des défilés, des orchestres locaux, toutes les familles étaient de sortie. A cette époque, les hivers étaient très froids mais tout le monde était dehors et nous nous mêlions aux activités le plus longtemps possible.

AMP : Je pense que la plus grande part de votre activité consistait quand même en un travail assez intensif.

DP : Oui, pour l’essentiel, je passais mon temps sur le chantier avec des horaires très extensibles et des astreintes de nuit et de week-end. Continuer la lecture de « Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau »

Lucie Taïeb La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé

Lucie Taïeb

La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé

Flammarion, collection Terra incognita, 2024, 170 p.

Compte rendu rédigé par Anne-Marie Pailhès.

Rares sont les ouvrages d’auteurs français qui se déroulent en Allemagne de l’Est, et qui plus est, ont pour cadre l’espace détruit par les gigantesques mines de lignite à ciel ouvert de la Saxe et du Brandebourg. Les carrières de l’Allemagne de l’Ouest, celles du Hambacher Forst en particulier, mobilisent plus d’attention en raison des luttes médiatisées des ZAD.  Les récits apocalyptiques sur l’environnement de la RDA, les espaces filmés comme dans le film Gundermann, laissent penser que la destruction systématique d’espaces culturels et naturels anciens fut le seul fait du régime socialiste autoritaire. Cependant, l’exploitation du lignite s’est prolongée bien après 1990 et continue de l’être à l’heure actuelle, sur des territoires dont on suppose la population plus sensible qu’à l’Ouest aux arguments économiques. Plus de trente-cinq années se sont écoulées depuis la chute du Mur – le temps d’une génération qui a vu apparaitre de nouveaux paysages, comme la riviera saxonne ou bien cette « mer intérieure » qui donne son titre à l’ouvrage et désigne l’espace issu des multiples lacs nés dans les cratères béants des carrières, là où de nombreux villages, en particulier ceux de la minorité sorabe d’origine slave, ont été engloutis.

C’est une plongée dans cet univers que nous propose l’écrivaine germaniste Continuer la lecture de « Lucie Taïeb La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé »

Compte rendu d’ouvrage: Ost-West-Konflikte – Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt

Kersten Sven Roth, Steffen Pappert (Hg.)

Ost-West-Konflikte

Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt

Buske, Hambourg, 2024, 294 p.

Cette publication d’une actualité brûlante trouve son origine dans un colloque qui s’est tenu en mars 2023 à Magdebourg. Lancé à l’initiative de linguistes allemands, il a été élargi à d’autres disciplines et à des chercheurs étrangers, pour traiter d’un sujet toujours présent et central dans le débat public allemand : Continuer la lecture de « Compte rendu d’ouvrage: Ost-West-Konflikte – Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt »

Compte rendu de lecture : Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ?

Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ? Presses de la Sorbonne Nouvelle, collection « Monde Germanophone », Paris, 2024, 388 p.

Avant cette étude, la place de la RDA dans l’histoire internationale du sport n’avait pas encore fait l’objet d’un ouvrage complet en français ; tout au plus la situation exceptionnelle de ce petit pays avait-elle été évoquée dans des articles portant sur des points précis. Le livre que publie Julien Beaufils, à partir de son travail de thèse, vient très utilement combler cette lacune et permet dorénavant au public francophone de disposer d’un ouvrage de référence solide et documenté. Il prend le relais de la simple approche médiatique d’un sujet à sensation amplement commenté dans les années 1990, et souvent réduit à la révélation publique des pratiques inhumaines de dopage systématique imposées aux champions et championnes de RDA.

Plus précisément, l’auteur se penche sur l’histoire de l’École supérieure allemande pour la culture physique (Deutsche Hochschule für Körperkultur, DHfK) de Leipzig, qui a joué Continuer la lecture de « Compte rendu de lecture : Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ? »

Les animaux et le Mur

Avec l’accord de son éditeur (Christoph Links, Berlin), l’historienne Astrid Eckert nous permet de publier la traduction d’un extrait de son ouvrage (Astrid Eckert, Zonenrandgebiet, Westdeutschland und der Eiserne Vorhang, Berlin, Links, 2022, 560 p. « Zone frontalière marginale – L’Allemagne de l‘Ouest et le Rideau de fer »).[1].

Il est ici question d’un aspect particulièrement méconnu de la période de partition de l’Allemagne : les conséquences de l’existence du Rideau de fer sur la faune, sauvage ou domestique, entre 1961 et 1990.

Cet extrait a été traduit par les étudiants du master MEEF de l’université Paris Nanterre, Ulf Clerwall et Tychique Joao, sous la direction d’Anne-Marie Pailhès. Merci à Sylvie Le Grand et Julien Beaufils pour leur relecture.

 

Plus les installations frontalières ont été étendues, plus les conséquences pour la faune ont été importantes. Les animaux, souvent négligés dans l’historiographie, jouent un rôle central en tant qu’« acteurs » dans ce chapitre, non seulement parce que leur présence le long de la frontière a influencé la perception de la ligne de démarcation, mais aussi parce que leur comportement a eu des conséquences concrètes sur le développement des installations frontalières.

Animaux du Rideau de fer

Alors que les oiseaux avaient trouvé des possibilités de tirer profit du Rideau de fer, la situation était bien différente pour les mammifères. Tant que les installations frontalières ne consistaient qu’en un simple barbelé, le monde des animaux pouvait coexister avec elles. La première génération des barrières, telles qu’elles ont été mises en place après mai 1952, ne constituait aucun obstacle pour les êtres vivants de petite taille, ils se glissaient simplement entre les fils. Comme les barrières faisaient obstacle aux passages habituels de la faune, les animaux couraient le long de la clôture jusqu’à trouver une ouverture. La barrière d’origine faisait à peine un mètre et demi de haut et un cerf adulte pouvait la franchir sans peine en sautant. Après le renforcement de la frontière interallemande à la suite de la construction du Mur de Berlin, les barrières frontalières empêchèrent toujours plus efficacement la traversée des personnes, et par là-même, rendirent également impossible la migration des mammifères. La pire nouveauté pour le monde animal, à ce moment-là, fut l’installation de champs de mines. Les troupes frontalières reçurent l’ordre d’installer des mines terrestres – un travail traître qui coûta également la vie à quelques appelés. Certes, elles étaient censées exploser sous les pas des « fuyards de la république », mais même des lièvres et des renards pouvaient déclencher ces engins mortels. Ainsi commença le massacre de la faune dans les années 1960. Continuer la lecture de « Les animaux et le Mur »

Exposition Halle am Meer à la Moritzburg

Exposition d’été de la Moritzburg : « Halle am Meer »

Du 24 juin au 17 septembre 2023

Künstler: Lothar Zitzmann | Titel: Auf dem Urlauberschiff | Datierung: 1968 | Institution/ Museum: Kulturstiftung Sachsen-Anhalt, Kunstmuseum Moritzburg Halle (Saale) | Foto und abgebildetes Werk sind urheberrechtlich geschützt. Foto: Punctum/Bertram Kober © VG Bild-Kunst, Bonn 2023

Le musée d’art de Halle, la Moritzburg, propose cet été une exposition qui retrace 130 ans de liens unissant les artistes de Halle et l’ancien village de pêcheurs d’Ahrenshoop, situé au bord de la mer Baltique sur la presqu’île du Darß, devenu villégiature pour les artistes depuis la fin du XIXème siècle. L’exposition est répartie de façon chronologique sur deux lieux. La vie de la colonie d’origine, de 1892 aux années 1930, est retracée dans l’exposition de la galerie Talstrasse : la première « maison de peintres » des sœurs Anna (1852-1921) et Bertha Gerresheim (1846-1916), véritablement lancée par les stages de peinture pour femmes de Paul Müller-Kaempff (1861-1941) attire alors les artistes las des grandes villes. S’inscrivant dans certains courants de pensée de cette époque (critique de l’industrialisation et de l’urbanisation, naturisme, vie dans la nature), ils trouvent leur inspiration dans les paysages maritimes, peignent le ciel, la mer, le « Bodden » (petit golfe peu profond) et des habitants qui, à leurs yeux, vivent encore en harmonie avec la nature[1].

Le village tient lieu de refuge pendant la République de Weimar et surtout après 1933, par exemple pour Gerhardt Marcks qui s’y retire complètement après avoir été exclu de l’école d’art de Burg Giebichenstein par les nazis en 1933. Jusque dans les années 1940, Ahrenshoop Continuer la lecture de « Exposition Halle am Meer à la Moritzburg »

Compte rendu : Dirk Oschmann, Der Osten-eine westdeutsche Erfindung

Dirk Oschmann, Der Osten – Eine westdeutsche Erfindung, Ullstein, 2023

(L’Est – une invention ouest-allemande)

Compte rendu rédigé par Anne-Marie Pailhès.

Alors que les débats virulents sur l’inégalité de traitement entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne semblaient rangés au rayon des produits périmés, un ouvrage vient ranimer le champ des échanges sur les injustices réelles ou imaginaires (selon les interprétations) subies par les régions qui ont succédé à la RDA.  En France, l’ouvrage d’Elisa Goudin et Agnès Arp, La RDA après la RDA  a remis récemment en lumière le poids des biographies hachées des Allemand.e.s de l’Est dans l’Allemagne contemporaine.

Le livre de Dirk Oschmann, « L’Est, une invention ouest-allemande », perçu comme un simple constat, un essai ou un pamphlet, Continuer la lecture de « Compte rendu : Dirk Oschmann, Der Osten-eine westdeutsche Erfindung »

Hans Mayer – Revue germanique internationale 33/2021

Hans Mayer

Revue germanique internationale 33/2021, CNRS Editions

Un dossier dirigé par Bénédicte Terrisse et Clément Fradin

Ce numéro de revue consacré à la grande figure intellectuelle allemande que fut Hans Mayer « entend combler un manque dans sa réception française alors même que certains de ses textes ont été traduits, essentiellement dans les années 1990 mais aussi, dans une perspective franco-allemande, ouvrir cette réception à d’autres horizons, notamment celle d’une histoire croisée des intellectuels » (p. 6). Hans Mayer, né en 1907 dans une famille de la bourgeoisie juive de Cologne, a en effet connu le destin de nombreux intellectuels de cette époque, empêchés de poursuivre leur carrière en Allemagne après 1933, contraints à l’exil, et ayant dû choisir entre Est et Ouest à leur retour. Hans Mayer fit le choix de la zone soviétique puis de la RDA, où il connut tous les honneurs avant de quitter sa chaire de littérature à l’université de Leipzig en 1963 après avoir été attaqué et marginalisé. Continuer la lecture de « Hans Mayer – Revue germanique internationale 33/2021 »

Helga Schubert, Vom Aufstehen, Ein Leben in Geschichten

Helga Schubert, Vom Aufstehen, Ein Leben in Geschichten, dtv, 2021, 222 p.

Un compte rendu d’Anne-Marie Pailhès

Le prix Ingeborg Bachmann, l’un des plus prestigieux en Allemagne, récompense un/e jeune auteur/e qui lit devant un jury des extraits d’un texte inédit. Il a ainsi permis de découvrir de nouveaux talents littéraires, en particulier issus de l’Est de l’Allemagne et de lancer leur carrière. Le prix 2020 dérogea à plusieurs titres à la tradition établie depuis 1977 : il fut décerné en ligne, en raison de la pandémie, et à une auteure de 80 ans, Helga Schubert, née en 1940. Continuer la lecture de « Helga Schubert, Vom Aufstehen, Ein Leben in Geschichten »

Catalogue : Willy Ronis en RDA – La vie avant tout, 1960-1967

Willy Ronis en RDA – La vie avant tout, 1960-1967, Parenthèses, Marseille, 2021, 224 p. Textes de Nathalie Neumann, Ronan Guinée et Gabrielle de la Selle.

Nous avions déjà fait état dans ce carnet de recherche de l’exposition de photos de Willy Ronis sur la RDA, qui s’est achevée à Versailles le 18 septembre 2021. Le plaisir peut en être prolongé par la lecture du catalogue publié à cette occasion.

L’exposition de ces clichés commandés par les Échanges franco-allemands (association qui a précédé « France-RDA ») avait débuté en 1968 dans la ceinture rouge de Paris, à Montreuil, sans pouvoir alors, dans le contexte du Printemps de Prague, être montrée à Paris même, pour des raisons politiques. Signe des temps, c’est à Versailles qu’elle a été présentée un demi-siècle plus tard. Les textes du catalogue, publié en version bilingue, contextualisent les images au-delà de la Guerre froide et replacent ce travail dans l’œuvre du photographe humaniste.

Les photos reproduites sur environ 120 pages sont classées selon cinq thématiques principales. La partie « Europe vs RDA » met judicieusement en regard, sur des doubles-pages, une photo prise en RDA et une photo prise à Paris, ou bien ailleurs en Europe. La similitude de l’approche saute alors aux yeux : la RDA n’est pas opposée à l’Europe de l’Ouest mais incluse dans la culture européenne (l’objectif de l’exposition étant aussi, en 1968, de contribuer au mouvement pour la reconnaissance de l’État de RDA par les pays occidentaux). Willy Ronis n’a pas photographié de manifestations officielles du pouvoir, mais la partie « Politique » suggère un regard critique porté sur les scènes du quotidien : réception de la radio ouest-allemande par un transistor, contrastes sociaux. Le voyage à proprement parler se lit dans « Villes et paysages », qui montre surtout un pays en pleine mutation industrielle. Le photographe du quotidien excelle dans les portraits qui illustrent « Travail et loisirs » et « Arts et culture ». Continuer la lecture de « Catalogue : Willy Ronis en RDA – La vie avant tout, 1960-1967 »

Gabriele Eckart : Havelobst, Erinnerungen

Gabriele Eckart

Havelobst, Erinnerungen, Königshausen und Neumann, Würzburg, 2021

L’ouvrage publié en 2021 par Gabriele Eckart nous vient de loin : cette auteure avait connu son heure de gloire dans les années 1980, mais son nom était tombé dans un relatif oubli du fait de son absence sur la scène littéraire allemande depuis une trentaine d’années. Elle réapparaît cette année avec ce recueil de textes autobiographiques. Son titre, Havelobst, renvoie explicitement à l’ouvrage qui la fit connaître en 1984, So sehe ick die Sache. Alors envoyée dans la production après ses études, comme on le disait alors, elle avait été chargée de l’animation culturelle dans la coopérative agricole Havelobst, une entreprise d’État chargée de la culture et de la transformation des pommes dans cette région connue pour son arboriculture. La jeune écrivaine avait mené là une série d’entretiens avec les ouvriers et ouvrières, à partir desquels elle conçut un manuscrit de littérature documentaire. Continuer la lecture de « Gabriele Eckart : Havelobst, Erinnerungen »

Recension de l’ouvrage d’Elisa Goudin-Steinmann et Agnès Arp, La RDA après la RDA – et interview avec Médiapart

Une recension de cet ouvrage, rédigée par Anne-Marie Pailhès, est parue dans le blog La vie des idées : https://laviedesidees.fr/Arp-Goudin-Steinmann-La-RDA-apres-la-RDA.html

Les abonnés à Médiapart peuvent aussi regarder en ligne l’interview filmé d’Elisa Goudin-Steinmann :https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/271220/allemagne-les-discours-sur-la-rda-sont-parfois-caricaturaux

 

Compte rendu : Katja Oskamp, Marzahn mon amour – Geschichten einer Fußpflegerin [Marzahn mon amour – Histoires d’une pédicure]

Katja Oskamp

Marzahn mon amour – Geschichten einer Fußpflegerin [Marzahn mon amour – Histoires d’une pédicure]  Hanser, Berlin, 2019, 144 p.

https://www.hanser-literaturverlage.de/buch/marzahn-mon-amour/978-3-446-26414-4/

Les autorités culturelles de la RDA n’avaient de cesse d’envoyer les écrivains « dans la production », c’est-à-dire au contact du monde ouvrier pour les inciter à décrire (positivement) les réalités de l’économie socialiste. Peut-être peut-on situer dans cette lointaine filiation un courant littéraire qui continue d’explorer les expériences de la « vraie vie » pour les décrire au plus près, dans des œuvres proches de la « non-fiction ». Celles-ci ne sont pas nécessairement empreintes de tragique, mais peuvent simplement rendre compte du quotidien en proposant une analyse plus profonde qu’il n’y paraît de la réalité transcrite.  C’est la démarche de Katja Oskamp qui, fatiguée d’une existence de papier qu’elle juge sans perspectives, a décidé de plonger dans un univers qu’elle n’aurait pas découvert sans l’acte volontaire de « changer de vie », pour côtoyer les humbles et les sans-noms. Écrivaine née en 1970 à Leipzig, Continuer la lecture de « Compte rendu : Katja Oskamp, Marzahn mon amour – Geschichten einer Fußpflegerin [Marzahn mon amour – Histoires d’une pédicure] »