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Ouverture prochaine d’un musée de la RDA à Tonnerre dans l’Yonne : un entretien avec sa fondatrice.

Bientôt un musée de la RDA à Tonnerre.

Début 2027, un musée de la RDA doit ouvrir ses portes à Tonnerre, dans l’Yonne. Ce projet a été initié par Dominique Pineau, qui a eu l’occasion de passer plusieurs années en RDA en tant qu’interprète de chantier au début des années 1980 – un sujet sur lequel nous l’avons aussi interrogée.  Cette expérience a inspiré son projet que nous lui demandons ici de nous exposer en détail.

Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris.

Dominique Pineau en son petit musée de la RDA, 2026.

(Entretien mené par ) Anne-Marie Pailhès

Après 40 ans d’interruption, comment expliquer ce retour tardif de la RDA dans votre actualité ?

Dominique Pineau

Il n’y a maintenant pas loin de douze ans, j’ai acheté une résidence secondaire dans la ville de Tonnerre, dans l’Yonne, et après avoir remis les lieux en état, j’ai décidé de consacrer une pièce à ces fameux cartons de RDA qui avaient traversé mes déménagements sans être ouverts. Je les avais donc apportés à Tonnerre et j’ai décidé un jour avec des amis, d’anciens collègues – qui n’étaient pas d’anciens collègues de RDA, mais d’anciens collègues plus récents – de faire une sorte de cérémonie d’inauguration d’un petit musée. Nous étions huit. C’était assez cocasse. D’un côté, il y avait quelques meubles déjà en place, vides, de l’autre côté les cartons, et j’ai laissé ces amis installer les différents objets à leur convenance. En est résulté le « Petit musée de la RDA ».

AMP  Qui existe pour l’instant.

DP Qui existe actuellement, toujours dans mon habitation de Tonnerre.

AMP Et ensuite ?

DP Ensuite, l’idée du petit musée a commencé à être connue autour de moi, c’est-à-dire que les gens que je connaissais sur place en ont parlé, l’information a circulé et de plus en plus de gens m’ont apporté des objets de RDA. En fait, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de personnes qui avaient fait des séjours en RDA, Continuer la lecture de « Ouverture prochaine d’un musée de la RDA à Tonnerre dans l’Yonne : un entretien avec sa fondatrice. »

Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau

Témoignage d’une interprète française sur les chantiers de RDA dans les années 1980

Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris

Anne-Marie Pailhès : Bonjour Dominique Pineau, nous nous rencontrons aujourd’hui pour que vous racontiez aux lecteurs du blog Regards sur la RDA et l’Allemagne de l’Est comment vous est venue l’idée idée de créer un musée de la RDA à Tonnerre. Peut-être pouvez-vous d’abord vous présenter et expliquer quel rapport existe entre ce projet et votre parcours personnel ?

Dominique Pineau : J’ai une formation de traductrice et d’interprète. A ce titre, j’ai eu la possibilité d’aller travailler sur des chantiers de construction en RDA dans les années 80. Le premier se trouvait en Saxe près de Zwickau, et le second près de Eisenhüttenstadt. Lors du premier chantier en particulier, je me suis trouvée immergée dans la vie des Allemands de l’Est, en même temps que dans la vie du chantier. J’ai essayé de vivre au maximum le quotidien des habitantes et des habitants en utilisant toutes les occasions qui se présentaient à moi pour essayer de vivre les choses de l’intérieur. Lorsqu’il s’agissait de faire des courses, j’allais évidemment dans les boutiques du village ou de la ville la plus proche ; dès que j’avais l’occasion de le faire, le week-end, je partais faire du tourisme avec des collègues et nous visitions le plus possible d’endroits en nous disant que le temps nous était compté : c’était celui du chantier.

©D. Pineau. Cartes professionnelles de l’interprète.

AMP : Il s’agissait de collègues français.

DP : Effectivement, c’étaient des collègues français. Nous avons fait du tourisme avec frénésie, essayant d’aller chaque fois dans un endroit différent, parfois un peu éloigné, vers le nord, le sud, enfin tous les points cardinaux. Pour vivre autant que faire se pouvait la vie de touriste. En hiver, nous sommes allés dans une station de sports d’hiver. Pendant la période de l’Avent, nous avons choisi les Monts métallifères pour voir s’animer les petites villes connues pour le travail des objets et des jouets en bois, extrêmement actives pendant ces mois de décembre. Il y avait des défilés, des orchestres locaux, toutes les familles étaient de sortie. A cette époque, les hivers étaient très froids mais tout le monde était dehors et nous nous mêlions aux activités le plus longtemps possible.

AMP : Je pense que la plus grande part de votre activité consistait quand même en un travail assez intensif.

DP : Oui, pour l’essentiel, je passais mon temps sur le chantier avec des horaires très extensibles et des astreintes de nuit et de week-end. Continuer la lecture de « Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau »

Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap – Svea Elisabeth Dietz

East Berlin. 1975. @Thomas Hoepker -Internet Archive

 

Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap : entre ancrage local et codes globaux

Le rap est généralement considéré comme un genre à la fois mondialisé et profondément ancré dans des contextes locaux. Il repose sur un ensemble de codes esthétiques et culturels partagés[1]– tels que les beats, le flow, les structures de rimes ainsi que des thématiques récurrentes comme l’identité, les inégalités sociales ou la contestation — qui l’inscrivent dans une culture hip-hop largement diffusée à l’échelle mondiale. Dans le même temps, le rap demeure étroitement lié à des réalités locales concrètes : les variétés linguistiques et les dialectes, les contextes sociaux spécifiques ainsi que les systèmes de référence propres à un territoire façonnent les différentes manifestations du genre. Ainsi, si les morceaux de rap produits dans des pays différents sont spontanément identifiables comme appartenant à un même univers générique, ils donnent néanmoins voix à des expériences situées et développent, de ce fait, des profils esthétiques et thématiques singuliers.

Cette dynamique peut être décrite de manière particulièrement féconde à l’aide du concept de glocalization forgé par Roland Robertson. Continuer la lecture de « Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap – Svea Elisabeth Dietz »

Maternité, contraception et émancipation féminine en RDA

Le discours officiel autour de la «Wunschkindpille » dans la revue illustrée Für Dich entre 1965 et 1972

Résumé d’un mémoire de recherche de master soutenu à l’Université de Bordeaux Montaigne par SARA BUALI

Apparue aux États-Unis et introduite en Europe au début des années 1960, la pilule contraceptive, premier moyen de contraception hormonale, a bouleversé la vie des femmes dans les pays l’ayant commercialisée. Double révolution, elle incarne à la fois une avancée médicale – fruit de décennies de recherches sur les hormones – et une rupture sociale – libérant les femmes du poids séculaire de la maternité contrainte[1]. Elle marque le deuxième mouvement féministe et ce qu’on appelle la « révolution sexuelle » de 1968.

Dans une Allemagne scindée en deux, l’expérience des femmes se révèle très différente de part et d’autre du Rideau de Fer. Continuer la lecture de « Maternité, contraception et émancipation féminine en RDA »

Rosemarie Fret – Si tu es attirée par les mauvais garçons.

 

Rosemarie Fret, née en 1935, écrivaine et photographe, vit à Leipzig. Elle a publié des recueils de nouvelles et des ouvrages de photos dont elle a écrit les textes. En 2021, elle nous avait confié son texte sur la place du tricot dans son existence. En voici une version française qui résulte du travail de Sylvie Le Grand avec ses étudiants.

Rosemarie Fret

Si tu es attirée par les mauvais garçons

C’est par une punition et l’obligation de rester dans ma chambre que démarra l’histoire du muet colloque entre mes yeux, mes mains et une pelote de laine. Dès que la porte eut claqué derrière moi et que je me fus résignée à la situation, mon regard tomba sur une petite corbeille qui contenait quelques pelotes colorées : sur le dessus, un rouge tomate, éclatant, à côté, un vert tendre. Je suis sûre aujourd’hui que cette attirance pour la laine et la promesse de bonheur que sa simple vue suscitait, trouvèrent ici leur origine. Je dérobai l’une après l’autre ces pelotes colorées. Comment l’expliquer ? Continuer la lecture de « Rosemarie Fret – Si tu es attirée par les mauvais garçons. »

Peter Sodann : le théâtre, le cinéma et les livres

Un Nouveau Théâtre pour un monde meilleur

Porträt Peter Sodann © Matthias Kaiser, Efurt

Peter Sodann est mort le 5 avril 2024. Il raconte dans ses Mémoires[1] publiés en 2007 sa vie riche et mouvementée, toujours vouée au théâtre, au cinéma et aux livres de RDA. On en trouve un raccourci dans l’interview qu’il a donnée à la Süddeutsche Zeitung[2] en mars 2014. Peter Sodann a choisi de rester jusqu’à la fin dans le petit pays disparu, sans rancune pour la peine de prison qu’il a dû purger pour cause de spectacle subversif, et dans le souci constant d’y rendre la vie meilleure.

L’acteur est avant tout connu outre-Rhin pour son interprétation du sympathique commissaire Continuer la lecture de « Peter Sodann : le théâtre, le cinéma et les livres »

L’enthousiasme pour la conquête spatiale dans la littérature jeunesse en RDA au début des années 1960

PAR J. S. MAI

Cette étude explore trois ouvrages de la littérature jeunesse publiés en RDA au début des années 1960 : Sebastian, der Raketenflieger de Karl Neumann (1961), Alfons Zitterbacke hat wieder Ärger de Gerhard Holtz-Baumert (1962) et Die Rakete von Bummelsburg de Fred Rodrian (1963). Leurs jeunes protagonistes, Sebastian, Alfons et Ottokar, partagent un rêve commun : devenir cosmonautes.

Extrait de: Fred Rodrian « Die Rakete von Bummelsburg », Berlin (Est), Kinderbuchverlag, 1963

Contexte et aperçu des ouvrages

Ces livres s’inscrivent dans une période d’enthousiasme généralisé pour la conquête spatiale en RDA, suscité par Continuer la lecture de « L’enthousiasme pour la conquête spatiale dans la littérature jeunesse en RDA au début des années 1960 »

Un segment de mur de Berlin à Chicago

Un segment de mur de Berlin à Chicago

Anne-Laure Daux-Combaudon

À l’heure de partir en vacances, pourquoi ne pas envisager un tour du monde des segments du mur de Berlin répartis sur la planète entière ? Il existe en effet plus de 300 segments du Mur dispersés sur les cinq continents du globe[1]. On en trouve en France et dans plusieurs autres pays européens (12), mais aussi en Afrique du Sud, en Australie, en Argentine, au Costa-Rica, au Mexique, au Canada et aux États-Unis – 23 États, 44 segments.

Dans l’État de l’Illinois (États-Unis), à Chicago, un segment du mur de Berlin est exposé depuis 2008 dans la station de métro Western Station sur la brown line (ligne marron), dans le quartier de Lincoln Square. “Exposé” n’est pas tout à fait le mot juste : le segment du Mur est plutôt posé, presque oublié. On s’étonne d’abord de la présence d’un morceau de ce mur historique sur le territoire américain, on s’interroge sur sa raison d’être à cet endroit, on est surpris aussi par sa présence dans un espace public.

La ville de Chicago s’est vu offrir un segment du mur de Berlin par le gouvernement de Berlin en 2006. Le geste visait à remercier les États-Unis d’avoir aidé à sécuriser la liberté de Berlin et le processus de réunification[2]. Le choix de l’emplacement relève de l’initiative conjointe du consul général allemand Wolfgang Drauz, du maire du 47ème district de Chicago Gene Schulter et du président de la société des transports de Chicago (the Chicago Transportation Society, CTA) Ron Huberman. Objectifs touristiques (attirer plus de monde dans le quartier) et économiques (attirer plus de monde sur la ligne de métro) se mêlent aux questions de mémoire. Les associations allemandes et germano-américaines ont soutenu le projet. Continuer la lecture de « Un segment de mur de Berlin à Chicago »

1. Dirk Oschmann – L’Est, une invention de l’Ouest ? Bonnes feuilles en français. Préface

L’ouvrage de Dirk Oschmann sur l’Allemagne de l’Est continue d’être au centre de la discussion sur les rapports entre Est et Ouest. Après un compte rendu de l’ouvrage, paru ici en 2023, nous vous proposons, avec l’accord de l’auteur et de son éditeur (Ullstein), quelques bonnes feuilles marquantes de cet essai qui n’a pas encore été publié en français.

Ces traductions ont été élaborées avec des étudiants du master MEEF de l’Université de Paris Nanterre, sous la direction d’Anne-Marie Pailhès. Nous vous présentons cinq extraits, qui font l’objet de cinq publications distinctes dans ce carnet de recherches.

1. Préface

Préface[1]

Ce petit livre est la version longue d’un article sur l’imbroglio interallemand que j’ai publié le 4 février 2022 dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung sous le titre Wie sich der Westen den Osten erfindet (Comment l’Ouest s’invente l’Est). La nature et l’abondance des réactions publiques et privées suggèrent qu’il convient non seulement de compléter et de préciser l’argumentation, mais aussi de mettre en lumière les antécédents et les suites de l’article. Elles invitent en outre à contredire explicitement et d’emblée une erreur d’interprétation apparue ça et là, à savoir que je plaiderais pour une “identité de l’Est” spécifique : c’est le contraire qui est vrai. Il s’agit ici, pour reprendre un mot du philosophe français Jacques Rancière, de “désidentification”. Par ailleurs, il a occasionnellement été reproché à l’article de “manquer de nuance”. Mais ici, nuancer revient à ne s’intéresser qu’à l’arbre qui cache la forêt. Or il est grand temps de rappeler la forêt à notre bon souvenir.

Cela semble d’autant plus important qu’il y va de l’état de crise dans lequel se trouve la démocratie elle-même, voire de ses chances de survie en Allemagne. La rapidité avec laquelle les démocraties peuvent subir des dommages immenses a malheureusement déjà été observée ces dernières années dans des pays voisins limitrophes, sans parler du nombre croissant de dictatures dans le monde. Si, en Allemagne, on ne parle pas de manière fondamentalement différente de l'”Ouest” et de l'”Est”, et surtout si les ostracismes systématiques et les sévères discriminations politiques, économiques et sociales dont l’Est fait l’objet depuis plus de 30 ans ne cessent pas, ce pays n’a aucune perspective de stabilité sociale à long terme. Pour cela, il faut enfin comprendre à quel point nous sommes désormais parvenus. C’est ce point qu’il s’agit de regarder en face. Pourtant, les choses sont si évidentes qu’il suffit de les dire franchement une bonne fois pour toutes. Au fond, je n’avance rien de nouveau. On peut déjà savoir tout cela, pour peu qu’on ait eu envie de le savoir. Mais peut-être sera-t-il possible de redire certaines choses autrement et de les mettre plus vivement en lumière.

 

Leipzig, novembre 2022

Dirk Oschmann

Traduction : Tychique Joao

[1] p.8-9 de l’édition allemande.

 

 

2. Dirk Oschmann – Quelle histoire allons-nous raconter ?

  1. Quelle histoire allons-nous raconter ?[1]

Dans le même temps, je voudrais tout d’abord dire que je ne suis ni politologue de formation, ni sociologue, ni historien, mais spécialiste de littérature. Les objets que j’étudie, à quelques exceptions près, appartiennent à la littérature allemande entre 1750 et 1933 ; mes intérêts de recherche sont par conséquent très éloignés du sujet de ce livre. Je parle ici en tant que profane dont l’expertise se résume à être un observateur participant de longue date. Cela signifie aussi parler de moi d’une façon telle qu’autobiographie et observation participante se lient entre elles, comme on le pratique en ethnographie. Ce procédé, qui consiste à relier « les trajectoires individuelles et collectives »[2], peut être très éclairant, comme le montrent les ouvrages correspondants de sociologues, comme Pierre Bourdieu et Didier Eribon en France ou Oskar Negt et Steffen Mau[3] en Allemagne, ainsi que des autofictions récentes comme celles d’Annie Ernaux, de Gerhard Neumann ou de Christian Baron[4]. Avec Hegel, on peut encore légitimer philosophiquement ce lien entre l’histoire subjective et l’analyse sociale, dans la mesure où il constate qu’il faut devenir entièrement subjectif pour pouvoir devenir entièrement objectif, car c’est dans les généralités qu’apparaissent les particularités. Continuer la lecture de « 2. Dirk Oschmann – Quelle histoire allons-nous raconter ? »

3. Dirk Oschmann – Hommes de l’Est

Dirk Oschmann commente ici la couverture publiée par l’hebdomadaire Der Spiegel en 2019.

Il est comme ça, l’homme de l’Est![1]

Je voudrais attirer l’attention sur trois aspects de cette couverture. Tout d’abord sur le verbe « ticken », « fonctionner », qui, dans l’usage habituel du terme, ne laisse pas présager quoi que ce soit de de bon. Soit on l’utilise pour dire de quelqu’un qu’il « est à côté de la plaque», ou bien qu’une bombe à retardement, « tickt », c’est-à-dire « fait tic-tac ». Les deux dimensions du terme sont ici mobilisées pour signifier que l’Est doit tout d’abord être conçu comme une variante pathologique, et donc, subséquemment, comme quelque chose d’extrêmement dangereux. Continuer la lecture de « 3. Dirk Oschmann – Hommes de l’Est »

4. Dirk Oschmann – Les élites

  1. Elites[1]

Dans le cadre d’une nouvelle étude, on aurait maintenant découvert que la véritable raison pour laquelle les Allemands de l’Est n’occupent pas de postes importants dans les élites ne doit pas être recherchée du côté des Allemands de l’Ouest, mais chez les Allemands de l’Est eux-mêmes, qui ne s’intéresseraient pas du tout aux postes de direction et auraient peur des responsabilités, qui seraient en général trop paresseux et trop satisfaits de ce qu’ils ont, et se contenteraient donc du deuxième et du troisième rang ! C’est vraiment trop beau pour être vrai, et c’est surtout une mauvaise excuse ! Il est vraiment étonnant que personne n’y ait pensé jusqu’ici. Mais bien sûr, comme d’habitude, c’est de la faute du « Ossi » : le concept magique est celui de l’« automarginalisation ». En outre, les Allemands de l’Est, selon les auteurs de cette étude dont un article en ligne rend compte, aimeraient « moins le risque » et n’auraient pas appris à « aspirer à faire partir des élites »[2]. S’offrir le luxe d’une explication si belle et si convaincante, voilà qui n’est probablement possible que pour qui est bien assis dans un fauteuil Charles Eames, et par-dessus le marché, le néolibéralisme y trouve tout à fait son compte. On sait depuis longtemps déjà que « l’Allemand de l’Est » est paresseux et incompétent, Continuer la lecture de « 4. Dirk Oschmann – Les élites »

5. Dirk Oschmann – La démocratie.

Démocratie[1]

L’Est se fait régulièrement reprocher sa « compréhension défaillante de la démocratie », ou bien il est même, à cause de sa socialisation par la dictature de la RDA, de temps à autre tout bonnement déclaré dépourvu de toute « aptitude démocratique[2] ».  L’historien Per Leo, né à l’Ouest, invoque la « fierté dominatrice de l’Ouest » quand il est question de démocratie, et parle du fait « qu’un climat d’intimidation morale s’est répandu à partir de l’Ouest, une ambiance dans laquelle on perçoit en permanence l’Est comme l’Autre de la démocratie ». A cela on pourrait ajouter dans un premier temps qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer à des gens qui ont mis à genoux une dictature, pour certains en courant de grands risques personnels, ce qu’est la démocratie. On pourrait même dire que c’est l’Est qui comprend le mieux la démocratie, étant donné qu’il a dû se battre pour l’obtenir au lieu de la recevoir en cadeau des Américains. Ou bien comme Klaus Wolfram le dit : « Jamais aucun Allemand de l’Est n’a eu de mépris pour la démocratie, pas avant 1989 et encore moins après – c’est juste qu’il la reconnaît avec plus de précision, qu’il la perçoit de manière plus personnelle[3]. » Pourtant, l’Ouest essaye sans cesse de délégitimer les expériences politiques de l’Est, précisément parce qu’elles sont réputées ne consister qu’en expériences de la dictature. « L’historiographie moderne de la démocratie est, plus que toute autre, un récit écrit par les vainqueurs. Continuer la lecture de « 5. Dirk Oschmann – La démocratie. »

Les animaux et le Mur

Avec l’accord de son éditeur (Christoph Links, Berlin), l’historienne Astrid Eckert nous permet de publier la traduction d’un extrait de son ouvrage (Astrid Eckert, Zonenrandgebiet, Westdeutschland und der Eiserne Vorhang, Berlin, Links, 2022, 560 p. « Zone frontalière marginale – L’Allemagne de l‘Ouest et le Rideau de fer »).[1].

Il est ici question d’un aspect particulièrement méconnu de la période de partition de l’Allemagne : les conséquences de l’existence du Rideau de fer sur la faune, sauvage ou domestique, entre 1961 et 1990.

Cet extrait a été traduit par les étudiants du master MEEF de l’université Paris Nanterre, Ulf Clerwall et Tychique Joao, sous la direction d’Anne-Marie Pailhès. Merci à Sylvie Le Grand et Julien Beaufils pour leur relecture.

 

Plus les installations frontalières ont été étendues, plus les conséquences pour la faune ont été importantes. Les animaux, souvent négligés dans l’historiographie, jouent un rôle central en tant qu’« acteurs » dans ce chapitre, non seulement parce que leur présence le long de la frontière a influencé la perception de la ligne de démarcation, mais aussi parce que leur comportement a eu des conséquences concrètes sur le développement des installations frontalières.

Animaux du Rideau de fer

Alors que les oiseaux avaient trouvé des possibilités de tirer profit du Rideau de fer, la situation était bien différente pour les mammifères. Tant que les installations frontalières ne consistaient qu’en un simple barbelé, le monde des animaux pouvait coexister avec elles. La première génération des barrières, telles qu’elles ont été mises en place après mai 1952, ne constituait aucun obstacle pour les êtres vivants de petite taille, ils se glissaient simplement entre les fils. Comme les barrières faisaient obstacle aux passages habituels de la faune, les animaux couraient le long de la clôture jusqu’à trouver une ouverture. La barrière d’origine faisait à peine un mètre et demi de haut et un cerf adulte pouvait la franchir sans peine en sautant. Après le renforcement de la frontière interallemande à la suite de la construction du Mur de Berlin, les barrières frontalières empêchèrent toujours plus efficacement la traversée des personnes, et par là-même, rendirent également impossible la migration des mammifères. La pire nouveauté pour le monde animal, à ce moment-là, fut l’installation de champs de mines. Les troupes frontalières reçurent l’ordre d’installer des mines terrestres – un travail traître qui coûta également la vie à quelques appelés. Certes, elles étaient censées exploser sous les pas des « fuyards de la république », mais même des lièvres et des renards pouvaient déclencher ces engins mortels. Ainsi commença le massacre de la faune dans les années 1960. Continuer la lecture de « Les animaux et le Mur »

Un hommage de Gabriele Eckart à Elke Erb. Texte inédit – en allemand.

Foto: SWR Kultur

Als Elke 2020 mit dem Büchner-Preis ausgezeichnet wurde, jubelte ich. Erzählte meinem Mann von ihr und dem Preis. Wir öffneten eine Flasche Sekt und stießen auf ihre Gesundheit an.

Ein Text von Gabriele Eckart

Elke Erb

Fünfzehn Minuten lief ich zu ihr in die Rheinsberger Straße. Durch grauschwarze Straßen, Kohlen wurden ausgefahren, Braunkohlenbriketts, die in Staub zerfielen, wenn ich sie nur mal scharf ansah. Rußig alles. So gut es ging, hatte man sich hier in den abgenutzten und vom Krieg beschädigten Häusern eingerichtet, die meisten Wohnungen hatten noch Außentoiletten. Verschlissen alles. Stimmen Betrunkener lärmten durch den düsteren Nachmittag, dazwischen erhaschte mein Ohr das metallische Zirpen eines Musikinstruments, das aus einem geöffneten Fenster kam. Prenzlauer Berg, der meinem Gefühl nach unglückseligste Stadtbezirk dieser Hauptstadt. Ganz anders sah Elke das, für sie war es der Beste. Zum Dichten ideal. Continuer la lecture de « Un hommage de Gabriele Eckart à Elke Erb. Texte inédit – en allemand. »