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Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap – Svea Elisabeth Dietz

East Berlin. 1975. @Thomas Hoepker -Internet Archive

 

Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap : entre ancrage local et codes globaux

Le rap est généralement considéré comme un genre à la fois mondialisé et profondément ancré dans des contextes locaux. Il repose sur un ensemble de codes esthétiques et culturels partagés[1]– tels que les beats, le flow, les structures de rimes ainsi que des thématiques récurrentes comme l’identité, les inégalités sociales ou la contestation — qui l’inscrivent dans une culture hip-hop largement diffusée à l’échelle mondiale. Dans le même temps, le rap demeure étroitement lié à des réalités locales concrètes : les variétés linguistiques et les dialectes, les contextes sociaux spécifiques ainsi que les systèmes de référence propres à un territoire façonnent les différentes manifestations du genre. Ainsi, si les morceaux de rap produits dans des pays différents sont spontanément identifiables comme appartenant à un même univers générique, ils donnent néanmoins voix à des expériences situées et développent, de ce fait, des profils esthétiques et thématiques singuliers.

Cette dynamique peut être décrite de manière particulièrement féconde à l’aide du concept de glocalization forgé par Roland Robertson. Continuer la lecture de « Dire et imaginer l’espace est-allemand à travers le rap – Svea Elisabeth Dietz »

Amani Padda, Bevor der Himmel reißt. Une famille indienne en Allemagne de l’Est.

Amani Padda, Bevor der Himmel reißt, Zurich, Arctis (Atrium Verlag), 2026

Compte rendu rédigé par  Béatrice Durand.

De Navid Kermani à Deniz Ohde en passant par Abbas Kidder, Feridun Zaimoglu, Saša Stanišić, Fatma Aydemir, Maxim Biller, Nino Haratischvili pour ne citer que quelques noms, on ne compte plus les plumes allemandes mit Migrationshintergrund, issues de l’immigration, dirait-on en français. Elles et ils sont établis dans la vie intellectuelle et le paysage éditorial allemands. Mais rares sont les voix qui font état de l’expérience d’immigrer ou de naître dans une famille issue de l’immigration en RDA ou dans les dits « Nouveaux Länder ».

Amina Padda est née en 1999 dans une famille indienne installée en Saxe juste après la réunification. Son second roman Bevor der Himmel reißt (2025)[1] raconte le quotidien de Heer et Dilly, lycéens de 17 ans dans une petite ville de Saxe fictive baptisée Piesnitz. Comme l’auteure, Heer et Dilly, alternativement narratrice et narrateur de l’histoire, sont nés eux aussi dans des familles d’origine indienne et sikh (Dilly porte le turban) ; tous les deux parlent punjabi à la maison. Comme les parents de l’auteure, leurs deux familles gèrent des take away indiens. Dans la fiction, les deux familles se détestent. Tels Roméo et Juliette, les deux adolescents devront surmonter l’inimitié des familles. Dilly (le garçon) s’apprête à passer l’Abitur et voudrait faire des études d’architecture. Heer (la fille) redouble sa seconde et se remet difficilement de la mort de son père dans un accident de voiture qui ressemble à un suicide.

Ils sont parfois en butte à l’assignation identitaire, pas forcément mal intentionnée, de certains enseignants, qui Continuer la lecture de « Amani Padda, Bevor der Himmel reißt. Une famille indienne en Allemagne de l’Est. »

Soutenance de thèse, Fanny Perrier, L’oeuvre romanesque de Christoph Hein après 1990 : une voix pour les offensés de l’histoire ?

Fanny Perrier soutiendra sa thèse de doctorat à l’université de Nanterre, le jeudi 11  juin à 14h.
L’œuvre romanesque de l’écrivain Christoph Hein après 1990. Une voix pour les offensés de l’histoire ?
Lieu de la soutenance :
Université Paris Nanterre – Bât. B Pierre Grappin – Salle B016 Paul Ricoeur – 200 avenue de la République – 92000 Nanterre.
Jury :
Daniel Argelès, Professeur assistant, Ecole polytechnique
Sibylle Goepper Professeure, Université Lyon 3, rapporteure
Carola Hähnel-Mesnard, Professeure, Université de Lille, présidente
Sylvie Le Grand-Ticchi, Maîtresse de conférences HDR, Université Paris Nanterre
Daniel Meyer, Professeur, Université de Strasbourg, rapporteur
Anne-Marie Pailhès, Professeure, Université Paris Nanterre, directrice
Résumé 
Ce travail se compose de trois parties : la première, intitulée « Une écriture de l’histoire », montre comment l’auteur, par le choix engagé du roman, met en valeur l’individu ordinaire.
L’attention portée au quotidien, la place du langage et le choix de l’anecdote sont autant d’éléments qui suggèrent une autre vision de l’histoire, celle qui accorde une importance à l’expérience de tout un chacun, et celle, inspirée du philosophe Walter Benjamin, qui se place du côté des vaincus. La deuxième partie s’intitule « Mettre le doigt sur les blessures. Un univers d’offensés ». Elle s’apparente à un gros plan sur les offenses : elle montre comment l’écrivain part à la rencontre des offensés de l’histoire et développe une écriture de la hantise. Enfin, la troisième partie, intitulée « La révolte de Christoph Hein », constitue un appel de l’auteur à se relever, à ne pas se résigner. L’approche se veut transversale : nous ne traitons pas chaque roman isolément et pour lui-même mais dans un dialogue les uns avec les autres. Même si le corpus se limite à cinq romans, nous ne nous interdisons pas d’évoquer les autres romans dans nos analyses au nom
de la forte complémentarité qui les relie. Et plus largement, nous n’éliminons aucun texte de l’auteur, ni les pièces de théâtre, ni surtout les essais qui accompagnent sans cesse la réflexion.
La méthode du close reading privilégie l’attention au texte afin de mettre au jour un mode d’écriture spécifique. La démarche est complétée par la lecture d’ouvrages théoriques ‒ historiques, sociologiques et philosophiques ‒ qui permettent de comprendre et d’interpréter certains choix de l’écrivain.

Trajectoire d’une universitaire entre RDA, France et Allemagne unifiée : les mémoires de Brigitte Hocke, Unterwegs in die Heimat.

Brigitte Hocke Unterwegs in die Heimat, Neues Leben, Eulenspiegel, 2024 (1400 p)

Un compte rendu rédigé par Emmanuelle Aurenche-Beau.

La romaniste est-allemande, spécialiste notamment d’Aragon, Brigitte Hocke, née en 1937, est peut-être encore dans la mémoire des germanistes de Paris 3 dont elle a été la collègue en tant que lectrice/maîtresse de conférences associée de 1986 à 1989 ou de ceux qui l’ont connue dans le cadre des échanges Erasmus entre leur université et l’université de Leipzig. Sous le titre Unterwegs in die Heimat, elle vient de faire paraître un impressionnant récit manifestement largement inspiré de sa vie (ainsi que l’indique la courte biographie insérée en deuxième de couverture et ainsi que le confirment de rapides recherches[1]) qu’elle publie néanmoins pourvu de l’indication générique « roman » qui lui laisse davantage de souplesse dans l’écriture.

Constitué de 14 livres composés de trois à cinq chapitres, l’ouvrage couvre l’ensemble de la vie de l’autrice. Il s’ouvre sur une scène marquante de son enfance sous le nazisme, Continuer la lecture de « Trajectoire d’une universitaire entre RDA, France et Allemagne unifiée : les mémoires de Brigitte Hocke, Unterwegs in die Heimat. »

Lucie Taïeb La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé

Lucie Taïeb

La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé

Flammarion, collection Terra incognita, 2024, 170 p.

Compte rendu rédigé par Anne-Marie Pailhès.

Rares sont les ouvrages d’auteurs français qui se déroulent en Allemagne de l’Est, et qui plus est, ont pour cadre l’espace détruit par les gigantesques mines de lignite à ciel ouvert de la Saxe et du Brandebourg. Les carrières de l’Allemagne de l’Ouest, celles du Hambacher Forst en particulier, mobilisent plus d’attention en raison des luttes médiatisées des ZAD.  Les récits apocalyptiques sur l’environnement de la RDA, les espaces filmés comme dans le film Gundermann, laissent penser que la destruction systématique d’espaces culturels et naturels anciens fut le seul fait du régime socialiste autoritaire. Cependant, l’exploitation du lignite s’est prolongée bien après 1990 et continue de l’être à l’heure actuelle, sur des territoires dont on suppose la population plus sensible qu’à l’Ouest aux arguments économiques. Plus de trente-cinq années se sont écoulées depuis la chute du Mur – le temps d’une génération qui a vu apparaitre de nouveaux paysages, comme la riviera saxonne ou bien cette « mer intérieure » qui donne son titre à l’ouvrage et désigne l’espace issu des multiples lacs nés dans les cratères béants des carrières, là où de nombreux villages, en particulier ceux de la minorité sorabe d’origine slave, ont été engloutis.

C’est une plongée dans cet univers que nous propose l’écrivaine germaniste Continuer la lecture de « Lucie Taïeb La mer intérieure – En quête d’un paysage effacé »

Un été à Berlin ? Six films d’Andreas Dresen dans la médiathèque d’Arte.

L’équipe de rédaction  vous souhaite un très bon été et vous donne rendez-vous en septembre pour la suite des publications.

Pour patienter, vous avez la possibilité de continuer à vous familiariser avec le monde est-allemand en visionnant les 6 films d’Andreas Dressen accessibles dans la médiathèque d’Arte sous le lien suivant :

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-026985/le-cinema-actuel-allemand-focus-sur-les-films-d-andreas-dresen/

 

Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p.

Compte-rendu de lecture de : Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p.

Le sociologue Steffen Mau présente ce petit ouvrage comme « son grain de sel » (« meine Intervention », p. 127) qu’il met dans la polémique qui agite les médias allemands depuis que Dirk Oschmann a fait paraître son pamphlet Der Osten, eine westdeutsche Erfindung (« L’Est, une invention ouest-allemande ») en 2023[1]. Sa rédaction s’inscrit également dans le contexte des élections régionales en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg à l’automne 2024, qui ont consacré le parti d’extrême-droite AfD comme un parti de tout premier ordre en Allemagne de l’Est. Continuer la lecture de « Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p. »

1. Dirk Oschmann – L’Est, une invention de l’Ouest ? Bonnes feuilles en français. Préface

L’ouvrage de Dirk Oschmann sur l’Allemagne de l’Est continue d’être au centre de la discussion sur les rapports entre Est et Ouest. Après un compte rendu de l’ouvrage, paru ici en 2023, nous vous proposons, avec l’accord de l’auteur et de son éditeur (Ullstein), quelques bonnes feuilles marquantes de cet essai qui n’a pas encore été publié en français.

Ces traductions ont été élaborées avec des étudiants du master MEEF de l’Université de Paris Nanterre, sous la direction d’Anne-Marie Pailhès. Nous vous présentons cinq extraits, qui font l’objet de cinq publications distinctes dans ce carnet de recherches.

1. Préface

Préface[1]

Ce petit livre est la version longue d’un article sur l’imbroglio interallemand que j’ai publié le 4 février 2022 dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung sous le titre Wie sich der Westen den Osten erfindet (Comment l’Ouest s’invente l’Est). La nature et l’abondance des réactions publiques et privées suggèrent qu’il convient non seulement de compléter et de préciser l’argumentation, mais aussi de mettre en lumière les antécédents et les suites de l’article. Elles invitent en outre à contredire explicitement et d’emblée une erreur d’interprétation apparue ça et là, à savoir que je plaiderais pour une “identité de l’Est” spécifique : c’est le contraire qui est vrai. Il s’agit ici, pour reprendre un mot du philosophe français Jacques Rancière, de “désidentification”. Par ailleurs, il a occasionnellement été reproché à l’article de “manquer de nuance”. Mais ici, nuancer revient à ne s’intéresser qu’à l’arbre qui cache la forêt. Or il est grand temps de rappeler la forêt à notre bon souvenir.

Cela semble d’autant plus important qu’il y va de l’état de crise dans lequel se trouve la démocratie elle-même, voire de ses chances de survie en Allemagne. La rapidité avec laquelle les démocraties peuvent subir des dommages immenses a malheureusement déjà été observée ces dernières années dans des pays voisins limitrophes, sans parler du nombre croissant de dictatures dans le monde. Si, en Allemagne, on ne parle pas de manière fondamentalement différente de l'”Ouest” et de l'”Est”, et surtout si les ostracismes systématiques et les sévères discriminations politiques, économiques et sociales dont l’Est fait l’objet depuis plus de 30 ans ne cessent pas, ce pays n’a aucune perspective de stabilité sociale à long terme. Pour cela, il faut enfin comprendre à quel point nous sommes désormais parvenus. C’est ce point qu’il s’agit de regarder en face. Pourtant, les choses sont si évidentes qu’il suffit de les dire franchement une bonne fois pour toutes. Au fond, je n’avance rien de nouveau. On peut déjà savoir tout cela, pour peu qu’on ait eu envie de le savoir. Mais peut-être sera-t-il possible de redire certaines choses autrement et de les mettre plus vivement en lumière.

 

Leipzig, novembre 2022

Dirk Oschmann

Traduction : Tychique Joao

[1] p.8-9 de l’édition allemande.

 

 

Rencontre-débat L’Allemagne de l’Est, une invention de l’Ouest ?

Paris, Maison Heinrich Heine

Mardi 14 novembre de 19h30 à 21h30

Rencontre-débat
L’Allemagne de l’Est, une invention de l’Ouest ?

L’Allemagne de l’Est, une invention de l’Ouest

Si le Mur de Berlin est tombé en 1989, le processus d’unification de l’Allemagne est toujours en cours. Plus de 30 ans après, les disparités entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest restent très nombreuses. Il suffit d’étudier la géographie électorale de l’Allemagne d’aujourd’hui pour s’en rendre compte. Dans son livre Der Osten, eine westdeutsche Erfindung (Ullstein 2023, « L’Est, une invention ouest-allemande »), Dirk Oschmann pose la question de la responsabilité de l’ancienne République fédérale d’Allemagne dans cette évolution tout comme celle des conséquences pour l’avenir. Pour des raisons géopolitiques, l’unification s’est faite dans la précipitation. Et pour des raisons politiques et économiques évidentes, la RFA a dominé ce processus avec ses lois, ses règles, ses normes et même sa façon d’en parler. En réaction à cette évolution, a émergé à l’Est une identité est-allemande, quasi inexistante au temps de la RDA. La table ronde permettra de revoir ce processus d’unification dans une perspective historique et de débattre des conséquences pour la nouvelle Allemagne en devenir.

Avec :
Dirk Oschmann
Titulaire de la chaire de littérature allemande moderne, Université de Leipzig
Anne-Marie Pailhès
Professeure, Université Paris Nanterre
Élisa Goudin-Steinmann
Maître de conférences en civilisation allemande contemporaine
Christian Wenkel
Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université d’Artois

https://www.maison-heinrich-heine.org/culture/2023/novembre/l-allemagne-de-l-est-une-invention-de-l-ouest

Compte rendu : Dirk Oschmann, Der Osten-eine westdeutsche Erfindung

Dirk Oschmann, Der Osten – Eine westdeutsche Erfindung, Ullstein, 2023

(L’Est – une invention ouest-allemande)

Compte rendu rédigé par Anne-Marie Pailhès.

Alors que les débats virulents sur l’inégalité de traitement entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne semblaient rangés au rayon des produits périmés, un ouvrage vient ranimer le champ des échanges sur les injustices réelles ou imaginaires (selon les interprétations) subies par les régions qui ont succédé à la RDA.  En France, l’ouvrage d’Elisa Goudin et Agnès Arp, La RDA après la RDA  a remis récemment en lumière le poids des biographies hachées des Allemand.e.s de l’Est dans l’Allemagne contemporaine.

Le livre de Dirk Oschmann, « L’Est, une invention ouest-allemande », perçu comme un simple constat, un essai ou un pamphlet, Continuer la lecture de « Compte rendu : Dirk Oschmann, Der Osten-eine westdeutsche Erfindung »

Anne Pirwitz und Dorothee Röseberg (Hg.) Frankreich – DDR: zwischen Ideologie, Bücherwissen und persönlichen Begegnungen

https://leibnizsozietaet.de/wp-content/uploads/2022/12/LO47.pdf

Anne Pirwitz: Vorwort zu Frankreich DDR
Anne Pirwitz und Dorothee Röseberg: Einleitung zu Frankreich DDR

Dorothee Röseberg: Frankreich für die DDR Frankreich in der DDR

Anne Pirwitz: Möglichkeiten und Formen persönlicher Begegnungen zwischen Bürgerinnen
und Bürgern aus Frankreich und der DDR

Sylvie Mutet: Kulturpolitik DDR Frankreich. Das Centre culturel français und andere
kulturelle Beziehungen

Gerda Haßler: Klemperer und Krauss, Französischlehrerausbildung und Romanistik und
einige weitere vereinbare „Gegensätze“

Zeitzeugenberichte von: Nicole Bary, Jutta Nest, Regina Gerber, Karin Rieger, Corinne Cartron
Schmidt, Agnès Wittner, Gabrielle Robein, Françoise Bertrand, Wilfried Baumgarten

Journée d’études “Ce qu’il reste de la RDA. Une bibliothèque est-allemande à Nantes” _18 et 19 novembre 2022_Nantes Université

https://ages-info.org/fr/2022/11/11/journee-detudes-ce-quil-reste-de-la-rda-une-bibliotheque-est-allemande-a-nantes-_18-et-19-novembre-2022_nantes-universite/#content

Jusqu’en juin 2021, la bibliothèque Lettres de Nantes Université possédait dans l’un de ses magasins environ 850 ouvrages non répertoriés, liés par leur origine est-allemande. Ils sont issus pour la plupart de dons du centre culturel de la RDA à Paris, de

l’ambassade de RDA en République française ou encore de la Délégation Permanente de la République Démocratique Allemande auprès de l’UNESCO, 24 rue Marbeau, 75116 Paris. Cet ensemble n’avait encore jamais fait l’objet d’aucune attention.

Afin de marquer l’entrée de ce fonds dans les collections de la BU lettres grâce au catalogage des ouvrages, nous souhaitons en proposer une première exploration scientifique lors d’une journée d’études qui se tiendra sur le campus tertre de Nantes Université vendredi 18 et samedi 19 novembre 2022.
L’objectif est à la fois de faire revivre le contexte dans lequel ce fonds à été constitué, d’ éclairer les thématiques pertinentes pour ce corpus et de présenter certains ouvrages-clé de façon plus approfondie.

 

Compte rendu : Steffen Mau , Lütten Klein. Leben in der ostdeutschen Transformationsgesellschaft. Frankfurt am Main, Suhrkamp, 2019

La micro-étude sociologique de Steffen Mau sur le quartier de Lütten Klein[1], une banlieue de Rostock faite d’immeubles collectifs en préfabriqué construits dans les années 1970 (on appelait ce type de constructions un Plattenbau) a été un best-seller en Allemagne et vient d’être traduite en français (Éditions de la MSH, traduction de Christophe Lucchese). Outre le fait que cette étude soit très riche et très bien écrite, elle arrive au bon moment : il y a un besoin de plus en plus net en Allemagne de promouvoir dans l’espace public un discours nuancé sur la RDA. L’ouvrage pose la question centrale de la manière dont on met en récit le passé. Si l’on racontait l’histoire de la RFA en se centrant uniquement sur la répression des homosexuels, les élites nazies qui continuent d’être influentes, la police, la RAF, les Zwangserziehungsheime (maisons de redressement), tout le monde s’écrierait : certes, mais ce n’était pas que cela, la RFA. Et cela vaut aussi pour la RDA. D’où l’importance d’ouvrages tels que celui-ci pour raconter l’histoire de la RDA sans « verklären », c’est-à-dire sans minimiser le caractère répressif et dictatorial du régime, mais aussi sans jugements à l’emporte-pièces. En ce sens, ce livre est aussi une façon de « se confronter à la façon dont on s’est confronté » à l’histoire de la RDA (« die Aufarbeitung der Aufarbeitung der DDR-Geschichte », pour reprendre le terme de l’historien Karsten Krampitz qui est d’ailleurs cité[2]). Continuer la lecture de « Compte rendu : Steffen Mau , Lütten Klein. Leben in der ostdeutschen Transformationsgesellschaft. Frankfurt am Main, Suhrkamp, 2019 »

Die DDR als kulturhistorisches Phänomen zwischen Tradition und Moderne

Un ouvrage édité par Dorothee Röseberg et Monika Walter, Trafo Wissenschaftsverlag Berlin 2020, 344 p.

http://www.trafoberlin.de/978-3-86464-214-2.html

Compte rendu en français du colloque dont cet ouvrage est issu, par Françoise Knopper et Sylvie Le Grand

https://www.researchgate.net/publication/341656437_Die_DDR_als_kulturhistorisches_Phanomen_zwischen_Tradition_und_Moderne_Berlin_10-11_septembre_2019_Compte_rendu_Tagungsbericht_Review

 

 

Quel fut l’impact de la division et de la réunification de l’Allemagne sur sa toponymie ?

Réflexions sur les subtilités d’emploi des termes désignant les deux Allemagnes et leurs habitants. Un essai de Jean-Michel Pouget

Jean-Michel Pouget est maitre de conférences au département d’études germaniques de l’Université Paris Nanterre où il enseigne notamment la civilisation allemande et l’histoire des idées. (profil détaillé : https://www.parisnanterre.fr/m-jean-michel-pouget–790350.kjsp )

Le 3 octobre 1990, au terme de quarante années de division en deux États [1], l’Allemagne redevenait une nation, le peuple allemand renouait avec cette unité dont les concepteurs de la Loi fondamentale (Grundgesetz) avaient fait un impératif absolu inscrit en préambule à la constitution de 1949 qui ne valait à l’époque que pour une partie seulement du peuple allemand. « Ce qui va ensemble va maintenant grandir ensemble [2] » avait lancé l’ancien chancelier fédéral Willy Brandt au moment de la chute du Mur. Cette formule allait pourtant être cruellement démentie par la réalité des années 1990 caractérisée par la fracture persistante entre des populations devenues étrangères au terme de quatre décennies de vies séparées. Ce fossé qui n’est toujours pas totalement comblé, peut être appréhendé sous des angles multiples. Nous proposons ici un éclairage linguistique qui s’appuie sur les travaux du Leibniz Institut für Deutsche Sprache [3]. Dans une analyse de corpus consacrée aux termes clés du tournant de 1989/90 (Wendezeit) sont notamment étudiées de façon diachronique les différentes désignations des deux États allemands et de leurs habitants respectifs avant, pendant et après la chute du Mur. Continuer la lecture de « Quel fut l’impact de la division et de la réunification de l’Allemagne sur sa toponymie ? »