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Avis de soutenance de thèse – Franck Schmidt, « La vraie Allemagne, celle que nous aimons » : modes d’engagement et travail militant dans l’association France-RDA (1958-1991)

Franck Schmidt a soutenu sa thèse le 28 novembre 2025 à l’EHESS.

« La vraie Allemagne, celle que nous aimons » : modes d’engagement et travail militant dans l’association France-RDA (1958-1991), thèse de doctorat spécialité Histoire et Civilisations effectuée sous la direction de Claire Zalc (EHESS) et de Katja Patzel-Mattern (Universität Heidelberg), soutenue le 28 novembre 2025 à l’EHESS (Campus Condorcet, Aubervilliers) devant le jury suivant :

  • Emmanuel Droit (Sciences Po Strasbourg, président du jury)
  • Mme Caroline Moine (Université Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines, examinatrice)
  • Nicolas Offenstadt (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, rapporteur)
  • Mme Katja Patzel-Mattern (Universität Heidelberg, co-directrice de thèse)
  • Mme Dorothee Röseberg (Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg, rapporteure)
  • Mme Claire Zalc (EHESS-CNRS, co-directrice de thèse)

Résumé :

Fondée en avril 1958 par le Parti communiste français (PCF) avec l’accord du parti-État est-allemand, l’association Échanges franco-allemands (EFA) cherchait à promouvoir la République démocratique allemande (RDA) en France dans le contexte de la doctrine Hallstein. Renommée France-RDA après la reconnaissance diplomatique du régime est-allemand par la France, le 9 février 1973, cette organisation devint la première association dite d’amitié avec la RDA en Europe de l’Ouest avec près de 16 000 adhérents en 1975 (Wenkel 2014). Malgré l’idéologie marxiste-léniniste de la RDA, cette association Continuer la lecture de « Avis de soutenance de thèse – Franck Schmidt, « La vraie Allemagne, celle que nous aimons » : modes d’engagement et travail militant dans l’association France-RDA (1958-1991) »

Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau

Témoignage d’une interprète française sur les chantiers de RDA dans les années 1980

Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris

Anne-Marie Pailhès : Bonjour Dominique Pineau, nous nous rencontrons aujourd’hui pour que vous racontiez aux lecteurs du blog Regards sur la RDA et l’Allemagne de l’Est comment vous est venue l’idée idée de créer un musée de la RDA à Tonnerre. Peut-être pouvez-vous d’abord vous présenter et expliquer quel rapport existe entre ce projet et votre parcours personnel ?

Dominique Pineau : J’ai une formation de traductrice et d’interprète. A ce titre, j’ai eu la possibilité d’aller travailler sur des chantiers de construction en RDA dans les années 80. Le premier se trouvait en Saxe près de Zwickau, et le second près de Eisenhüttenstadt. Lors du premier chantier en particulier, je me suis trouvée immergée dans la vie des Allemands de l’Est, en même temps que dans la vie du chantier. J’ai essayé de vivre au maximum le quotidien des habitantes et des habitants en utilisant toutes les occasions qui se présentaient à moi pour essayer de vivre les choses de l’intérieur. Lorsqu’il s’agissait de faire des courses, j’allais évidemment dans les boutiques du village ou de la ville la plus proche ; dès que j’avais l’occasion de le faire, le week-end, je partais faire du tourisme avec des collègues et nous visitions le plus possible d’endroits en nous disant que le temps nous était compté : c’était celui du chantier.

©D. Pineau. Cartes professionnelles de l’interprète.

AMP : Il s’agissait de collègues français.

DP : Effectivement, c’étaient des collègues français. Nous avons fait du tourisme avec frénésie, essayant d’aller chaque fois dans un endroit différent, parfois un peu éloigné, vers le nord, le sud, enfin tous les points cardinaux. Pour vivre autant que faire se pouvait la vie de touriste. En hiver, nous sommes allés dans une station de sports d’hiver. Pendant la période de l’Avent, nous avons choisi les Monts métallifères pour voir s’animer les petites villes connues pour le travail des objets et des jouets en bois, extrêmement actives pendant ces mois de décembre. Il y avait des défilés, des orchestres locaux, toutes les familles étaient de sortie. A cette époque, les hivers étaient très froids mais tout le monde était dehors et nous nous mêlions aux activités le plus longtemps possible.

AMP : Je pense que la plus grande part de votre activité consistait quand même en un travail assez intensif.

DP : Oui, pour l’essentiel, je passais mon temps sur le chantier avec des horaires très extensibles et des astreintes de nuit et de week-end. Continuer la lecture de « Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau »

Trajectoire d’une universitaire entre RDA, France et Allemagne unifiée : les mémoires de Brigitte Hocke, Unterwegs in die Heimat.

Brigitte Hocke Unterwegs in die Heimat, Neues Leben, Eulenspiegel, 2024 (1400 p)

Un compte rendu rédigé par Emmanuelle Aurenche-Beau.

La romaniste est-allemande, spécialiste notamment d’Aragon, Brigitte Hocke, née en 1937, est peut-être encore dans la mémoire des germanistes de Paris 3 dont elle a été la collègue en tant que lectrice/maîtresse de conférences associée de 1986 à 1989 ou de ceux qui l’ont connue dans le cadre des échanges Erasmus entre leur université et l’université de Leipzig. Sous le titre Unterwegs in die Heimat, elle vient de faire paraître un impressionnant récit manifestement largement inspiré de sa vie (ainsi que l’indique la courte biographie insérée en deuxième de couverture et ainsi que le confirment de rapides recherches[1]) qu’elle publie néanmoins pourvu de l’indication générique « roman » qui lui laisse davantage de souplesse dans l’écriture.

Constitué de 14 livres composés de trois à cinq chapitres, l’ouvrage couvre l’ensemble de la vie de l’autrice. Il s’ouvre sur une scène marquante de son enfance sous le nazisme, Continuer la lecture de « Trajectoire d’une universitaire entre RDA, France et Allemagne unifiée : les mémoires de Brigitte Hocke, Unterwegs in die Heimat. »

Joël Moreau, (N)ostalgie – Un amour sous les tilleuls. Compte rendu de Béatrice Durand

Joël Moreau, (N)Ostalgie. Un amour sous les tilleuls, Éditions du Pallio, Paris, 2025

Fils d’un père syndicaliste et membre du PCF, Éric, narrateur d’un roman manifestement très autobiographique, a passé plusieurs étés dans les camps de jeunes organisés en RDA par l’association France-RDA. En 1975, lors de son troisième séjour (il a quatorze ans), il tombe amoureux fou de Jana, jeune Allemande de l’Est rencontrée pendant le séjour lors d’une soirée dansante. Le coup de foudre est réciproque. Mais le Rideau de fer les empêche de vivre « l’inaccessible amour d’Éric chez les Montaigu capitalistes et de Jana chez les Capulets communistes » (p. 241). Le contact, condamné à n’être qu’épistolaire, s’interrompt au bout d’un certain temps. En 1992 (dix-sept ans plus tard), Éric se rend en Allemagne réunifiée ; il reprend contact avec Jana, qui l’entraîne dans un bref séjour en amoureux sur l’île de Hiddensee, au terme duquel elle lui annonce que l’idylle n’aura pas de suite : elle est mariée et mère de famille et ne veut pas abandonner la vie qu’elle a construite.

Éric lui-même a eu une vie adulte marquée par des ruptures successives : après des études d’économie, il a travaillé dans l’administration des douanes, s’est reconverti, d’abord comme enseignant de Sciences économiques et sociales, puis comme proviseur. Le récit à la 1ère personne fait alterner les souvenirs d’enfance et d’adolescence avec des épisodes de la vie du narrateur adulte qui déclenchent ces mêmes souvenirs : Continuer la lecture de « Joël Moreau, (N)ostalgie – Un amour sous les tilleuls. Compte rendu de Béatrice Durand »

Sur le “marché” de l’art en RDA : compte rendu d’ouvrage. Rüdiger Küttner, Fragen auf Antworten,

Rüdiger Küttner, Fragen auf Antworten, Halle, Hasenverlag, 2025, 215 pages.

Compte rendu rédigé par Jean Mortier

Dès novembre 1990, quelques semaines après l’unification des deux Etats allemands, Rüdiger Küttner, fonde dans la Friedrichstraße, non loin du Check Point Charlie, la Galerie Küttner & Ebert GmbH. Ce n’était pas la première galerie privée créée au lendemain même de la chute du Mur. De nombreuses galeries indépendantes avaient vu en effet le jour dans l’année 1990, parfois à l’initiative des artistes eux-mêmes et probablement pour certaines en dehors de toute base légale, à Berlin, à Dresde, Leipzig etc.  Mais Küttner n’était pas un artiste, il avait, dès la création en 1974 du VEH[1] Bildende Kunst und Antiquitäten, l’organisme étatique chargé de la vente d’antiquités et d’œuvres d’art contemporaines[2], rebaptisé en 1976 Staatlicher Kunsthandel der DDR, occupé un poste important[3] au sein de celui-ci.

Rüdiger Küttner est donc un témoin privilégié du fonctionnement et des activités de cet organisme, dont il a été, durant 50 ans le collaborateur majeur. Son ouvrage, fondé sur ses seuls souvenirs, ne prétend pas être une « histoire » même partielle de l’institution. Bien des aspects sont sinon passés totalement sous silence, du moins si rapidement évoqués qu’il laisse parfois le lecteur sur sa faim. Ces pages ont néanmoins l’immense mérite de nous faire pénétrer dans les arcanes de l’institution, de faire la lumière sur les enjeux politiques, mais plus encore économiques de cette création, de nous introduire, de façon concrète Continuer la lecture de « Sur le “marché” de l’art en RDA : compte rendu d’ouvrage. Rüdiger Küttner, Fragen auf Antworten, »

Documentaires d’Arte sur la RDA

La chaîne de télévision Arte commence la diffusion de plusieurs documentaires consacrés à la RDA, le jeudi 2 octobre 2025. Ils seront ensuite disponibles dans la médiathèque.

France-RDA, amitiés et échanges malgré la guerre froide, jeudi 2 octobre, 10h55

https://www.arte.tv/fr/videos/119538-000-A/france-rda-amities-et-echanges-malgre-la-guerre-froide/

Le dernier été de la RDA, Liberté et anarchie, jeudi 2 octobre, 11h40

Journée d’étude : Quoi de neuf sur la RDA ?

Quoi de neuf sur la RDA ?

Nouvelles recherches, nouvelles approches, nouvelles générations

17 juin 2025

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Centre Malher (Amphithéâtre Dupuis) 9, rue Malher

75004 Paris Entrée libre

Journée d’échanges organisée par l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’Université de Strasbourg, en coopération avec l’Institut historique allemand de Paris, avec le soutien de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine – IHMC et de l’ANR-DFG « Les expériences de la désindustrialisation ».

Programme : voir https://ihmc.ens.psl.eu/quoi-de-neuf-sur-rda-nouvelles-recherches-nouvelles-approches.html

 

 

 

Compte rendu d’ouvrage: Ost-West-Konflikte – Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt

Kersten Sven Roth, Steffen Pappert (Hg.)

Ost-West-Konflikte

Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt

Buske, Hambourg, 2024, 294 p.

Cette publication d’une actualité brûlante trouve son origine dans un colloque qui s’est tenu en mars 2023 à Magdebourg. Lancé à l’initiative de linguistes allemands, il a été élargi à d’autres disciplines et à des chercheurs étrangers, pour traiter d’un sujet toujours présent et central dans le débat public allemand : Continuer la lecture de « Compte rendu d’ouvrage: Ost-West-Konflikte – Interdisziplinäre Perspektiven auf den Diskurs über Deutschland und die Welt »

Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p.

Compte-rendu de lecture de : Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p.

Le sociologue Steffen Mau présente ce petit ouvrage comme « son grain de sel » (« meine Intervention », p. 127) qu’il met dans la polémique qui agite les médias allemands depuis que Dirk Oschmann a fait paraître son pamphlet Der Osten, eine westdeutsche Erfindung (« L’Est, une invention ouest-allemande ») en 2023[1]. Sa rédaction s’inscrit également dans le contexte des élections régionales en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg à l’automne 2024, qui ont consacré le parti d’extrême-droite AfD comme un parti de tout premier ordre en Allemagne de l’Est. Continuer la lecture de « Steffen MAU, Ungleich vereint. Warum der Osten anders bleibt, Suhrkamp, Berlin, 2024, 168 p. »

Conférence en ligne : Dirk Oschmann, L’Allemagne de l’Est, une invention de l’Ouest ?

Le 20 mars 2025 à 18h30, le Goethe Institut de Toulouse organise une conférence en ligne avec Dirk Oschmann.

Pour participer au débat, veuillez-vous inscrire ici : accueil-toulouse@goethe.de
Vous recevrez un lien Zoom avant la manifestation.

Dans le cadre de la Quinzaine franco-allemande d’Occitanie.

Si le Mur de Berlin est tombé en 1989, le processus d’unification de l’Allemagne est toujours en cours. Plus de 30 ans après, les disparités entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest restent très nombreuses pour ce qui est de l’économie et du pouvoir politique. Ainsi, les Allemands de l´Est sont nettement sous-représentés dans les postes à responsabilité de tous les domaines sociétaux. Par conséquent, ils ne peuvent prendre part à la démocratie de manière adéquate. La prospérité matérielle reste sensiblement inférieure à l´Est, car les héritages sont moindres et les salaires plus bas. Ces décalages ont, entre autres, des répercussions sur la géographie électorale de l’Allemagne d’aujourd’hui.

Dans son livre polémique « Der Osten, eine westdeutsche Erfindung » (Ullstein 2023, « L’Allemagne de l´Est, une invention ouest-allemande »), Dirk Oschmann pose la question de la responsabilité de la partie ouest de l´Allemagne, dominante, dans cette évolution tout comme celle des conséquences pour l’avenir. Pour des raisons géopolitiques, l’unification s’est faite dans la précipitation. Et pour des raisons politiques et économiques, la RFA a dominé ce processus avec ses lois, ses règles, ses normes et même sa façon d’en parler.

Lors de la table ronde, Dirk Oschmann, professeur de littérature allemande moderne à l’université de Leipzig, Lukas Rass-Masson, professeur de droit à l’Université Toulouse Capitole et vice-président “ressources et transformation institutionnelle” de l’Université de Toulouse, et Stefanie Neubert, directrice du Goethe-Institut de Toulouse, échangeront leurs points de vue sur ce processus d’unification dans une perspective historique et ses conséquences pour la cohésion démocratique.

En allemand et avec traduction synthétique en français (Catherine Mazellier, Université Toulouse Jean Jaurès).

Une coopération du Goethe-Institut avec l’Ecole européenne de droit de l´Université de Toulouse Capitole (ESL).

Compte rendu de lecture : Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ?

Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ? Presses de la Sorbonne Nouvelle, collection « Monde Germanophone », Paris, 2024, 388 p.

Avant cette étude, la place de la RDA dans l’histoire internationale du sport n’avait pas encore fait l’objet d’un ouvrage complet en français ; tout au plus la situation exceptionnelle de ce petit pays avait-elle été évoquée dans des articles portant sur des points précis. Le livre que publie Julien Beaufils, à partir de son travail de thèse, vient très utilement combler cette lacune et permet dorénavant au public francophone de disposer d’un ouvrage de référence solide et documenté. Il prend le relais de la simple approche médiatique d’un sujet à sensation amplement commenté dans les années 1990, et souvent réduit à la révélation publique des pratiques inhumaines de dopage systématique imposées aux champions et championnes de RDA.

Plus précisément, l’auteur se penche sur l’histoire de l’École supérieure allemande pour la culture physique (Deutsche Hochschule für Körperkultur, DHfK) de Leipzig, qui a joué Continuer la lecture de « Compte rendu de lecture : Julien BEAUFILS, Sport et politique en RDA (1969-1990). La fabrique des champions du socialisme ? »

CR Jürgen Dierkes: “Ménage à trois” im Ost-West-Konflikt

Compte rendu de l’ouvrage de Jürgen Dierkes: “Ménage à trois” im Ost-West-Konflikt. Städtepartnerschaften zwischen westdeutschen, französischen und ostdeutschen Kommunen von den 1950er Jahren bis zum Fall der Mauer, Stuttgart: Franz Steiner Verlag 2024, 580 S.

Paru sur le site Sehepunkte : https://www.sehepunkte.de/2024/10/39222.html

 

Un segment de mur de Berlin à Chicago

Un segment de mur de Berlin à Chicago

Anne-Laure Daux-Combaudon

À l’heure de partir en vacances, pourquoi ne pas envisager un tour du monde des segments du mur de Berlin répartis sur la planète entière ? Il existe en effet plus de 300 segments du Mur dispersés sur les cinq continents du globe[1]. On en trouve en France et dans plusieurs autres pays européens (12), mais aussi en Afrique du Sud, en Australie, en Argentine, au Costa-Rica, au Mexique, au Canada et aux États-Unis – 23 États, 44 segments.

Dans l’État de l’Illinois (États-Unis), à Chicago, un segment du mur de Berlin est exposé depuis 2008 dans la station de métro Western Station sur la brown line (ligne marron), dans le quartier de Lincoln Square. “Exposé” n’est pas tout à fait le mot juste : le segment du Mur est plutôt posé, presque oublié. On s’étonne d’abord de la présence d’un morceau de ce mur historique sur le territoire américain, on s’interroge sur sa raison d’être à cet endroit, on est surpris aussi par sa présence dans un espace public.

La ville de Chicago s’est vu offrir un segment du mur de Berlin par le gouvernement de Berlin en 2006. Le geste visait à remercier les États-Unis d’avoir aidé à sécuriser la liberté de Berlin et le processus de réunification[2]. Le choix de l’emplacement relève de l’initiative conjointe du consul général allemand Wolfgang Drauz, du maire du 47ème district de Chicago Gene Schulter et du président de la société des transports de Chicago (the Chicago Transportation Society, CTA) Ron Huberman. Objectifs touristiques (attirer plus de monde dans le quartier) et économiques (attirer plus de monde sur la ligne de métro) se mêlent aux questions de mémoire. Les associations allemandes et germano-américaines ont soutenu le projet. Continuer la lecture de « Un segment de mur de Berlin à Chicago »

1. Dirk Oschmann – L’Est, une invention de l’Ouest ? Bonnes feuilles en français. Préface

L’ouvrage de Dirk Oschmann sur l’Allemagne de l’Est continue d’être au centre de la discussion sur les rapports entre Est et Ouest. Après un compte rendu de l’ouvrage, paru ici en 2023, nous vous proposons, avec l’accord de l’auteur et de son éditeur (Ullstein), quelques bonnes feuilles marquantes de cet essai qui n’a pas encore été publié en français.

Ces traductions ont été élaborées avec des étudiants du master MEEF de l’Université de Paris Nanterre, sous la direction d’Anne-Marie Pailhès. Nous vous présentons cinq extraits, qui font l’objet de cinq publications distinctes dans ce carnet de recherches.

1. Préface

Préface[1]

Ce petit livre est la version longue d’un article sur l’imbroglio interallemand que j’ai publié le 4 février 2022 dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung sous le titre Wie sich der Westen den Osten erfindet (Comment l’Ouest s’invente l’Est). La nature et l’abondance des réactions publiques et privées suggèrent qu’il convient non seulement de compléter et de préciser l’argumentation, mais aussi de mettre en lumière les antécédents et les suites de l’article. Elles invitent en outre à contredire explicitement et d’emblée une erreur d’interprétation apparue ça et là, à savoir que je plaiderais pour une “identité de l’Est” spécifique : c’est le contraire qui est vrai. Il s’agit ici, pour reprendre un mot du philosophe français Jacques Rancière, de “désidentification”. Par ailleurs, il a occasionnellement été reproché à l’article de “manquer de nuance”. Mais ici, nuancer revient à ne s’intéresser qu’à l’arbre qui cache la forêt. Or il est grand temps de rappeler la forêt à notre bon souvenir.

Cela semble d’autant plus important qu’il y va de l’état de crise dans lequel se trouve la démocratie elle-même, voire de ses chances de survie en Allemagne. La rapidité avec laquelle les démocraties peuvent subir des dommages immenses a malheureusement déjà été observée ces dernières années dans des pays voisins limitrophes, sans parler du nombre croissant de dictatures dans le monde. Si, en Allemagne, on ne parle pas de manière fondamentalement différente de l'”Ouest” et de l'”Est”, et surtout si les ostracismes systématiques et les sévères discriminations politiques, économiques et sociales dont l’Est fait l’objet depuis plus de 30 ans ne cessent pas, ce pays n’a aucune perspective de stabilité sociale à long terme. Pour cela, il faut enfin comprendre à quel point nous sommes désormais parvenus. C’est ce point qu’il s’agit de regarder en face. Pourtant, les choses sont si évidentes qu’il suffit de les dire franchement une bonne fois pour toutes. Au fond, je n’avance rien de nouveau. On peut déjà savoir tout cela, pour peu qu’on ait eu envie de le savoir. Mais peut-être sera-t-il possible de redire certaines choses autrement et de les mettre plus vivement en lumière.

 

Leipzig, novembre 2022

Dirk Oschmann

Traduction : Tychique Joao

[1] p.8-9 de l’édition allemande.

 

 

2. Dirk Oschmann – Quelle histoire allons-nous raconter ?

  1. Quelle histoire allons-nous raconter ?[1]

Dans le même temps, je voudrais tout d’abord dire que je ne suis ni politologue de formation, ni sociologue, ni historien, mais spécialiste de littérature. Les objets que j’étudie, à quelques exceptions près, appartiennent à la littérature allemande entre 1750 et 1933 ; mes intérêts de recherche sont par conséquent très éloignés du sujet de ce livre. Je parle ici en tant que profane dont l’expertise se résume à être un observateur participant de longue date. Cela signifie aussi parler de moi d’une façon telle qu’autobiographie et observation participante se lient entre elles, comme on le pratique en ethnographie. Ce procédé, qui consiste à relier « les trajectoires individuelles et collectives »[2], peut être très éclairant, comme le montrent les ouvrages correspondants de sociologues, comme Pierre Bourdieu et Didier Eribon en France ou Oskar Negt et Steffen Mau[3] en Allemagne, ainsi que des autofictions récentes comme celles d’Annie Ernaux, de Gerhard Neumann ou de Christian Baron[4]. Avec Hegel, on peut encore légitimer philosophiquement ce lien entre l’histoire subjective et l’analyse sociale, dans la mesure où il constate qu’il faut devenir entièrement subjectif pour pouvoir devenir entièrement objectif, car c’est dans les généralités qu’apparaissent les particularités. Continuer la lecture de « 2. Dirk Oschmann – Quelle histoire allons-nous raconter ? »