Témoignage d’une interprète française sur les chantiers de RDA dans les années 1980
Entretien avec Dominique Pineau, 14 mars 2026, à Paris
Anne-Marie Pailhès : Bonjour Dominique Pineau, nous nous rencontrons aujourd’hui pour que vous racontiez aux lecteurs du blog Regards sur la RDA et l’Allemagne de l’Est comment vous est venue l’idée idée de créer un musée de la RDA à Tonnerre. Peut-être pouvez-vous d’abord vous présenter et expliquer quel rapport existe entre ce projet et votre parcours personnel ?
Dominique Pineau : J’ai une formation de traductrice et d’interprète. A ce titre, j’ai eu la possibilité d’aller travailler sur des chantiers de construction en RDA dans les années 80. Le premier se trouvait en Saxe près de Zwickau, et le second près de Eisenhüttenstadt. Lors du premier chantier en particulier, je me suis trouvée immergée dans la vie des Allemands de l’Est, en même temps que dans la vie du chantier. J’ai essayé de vivre au maximum le quotidien des habitantes et des habitants en utilisant toutes les occasions qui se présentaient à moi pour essayer de vivre les choses de l’intérieur. Lorsqu’il s’agissait de faire des courses, j’allais évidemment dans les boutiques du village ou de la ville la plus proche ; dès que j’avais l’occasion de le faire, le week-end, je partais faire du tourisme avec des collègues et nous visitions le plus possible d’endroits en nous disant que le temps nous était compté : c’était celui du chantier.

©D. Pineau. Cartes professionnelles de l’interprète.
AMP : Il s’agissait de collègues français.
DP : Effectivement, c’étaient des collègues français. Nous avons fait du tourisme avec frénésie, essayant d’aller chaque fois dans un endroit différent, parfois un peu éloigné, vers le nord, le sud, enfin tous les points cardinaux. Pour vivre autant que faire se pouvait la vie de touriste. En hiver, nous sommes allés dans une station de sports d’hiver. Pendant la période de l’Avent, nous avons choisi les Monts métallifères pour voir s’animer les petites villes connues pour le travail des objets et des jouets en bois, extrêmement actives pendant ces mois de décembre. Il y avait des défilés, des orchestres locaux, toutes les familles étaient de sortie. A cette époque, les hivers étaient très froids mais tout le monde était dehors et nous nous mêlions aux activités le plus longtemps possible.
AMP : Je pense que la plus grande part de votre activité consistait quand même en un travail assez intensif.
DP : Oui, pour l’essentiel, je passais mon temps sur le chantier avec des horaires très extensibles et des astreintes de nuit et de week-end. Continuer la lecture de « Interprète de chantier en RDA dans les années 1980 : témoignage de Dominique Pineau »